Témoignage « Strip-till : des économies importantes »

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Cela fait bientôt dix ans que Benoît Legein a opté pour l’agriculture de conservation des sols (ACS). Et, pour rien au monde, il ne ferait machine arrière.

« Au début, je n’étais guère convaincu, mais je voulais forger ma propre expérience. Il fallait donc que j’essaie par moi-même », explique-t-il. Installé avec son épouse à Lafrançaise sur 130 hectares de superficie agricole utilisée (SAU), il exploite un troupeau de 400 chèvres laitières et un poulailler pour produire des volailles valorisées (poulets et pintades) en vente directe.
Sur son exploitation, la rotation est assez longue : blé, orge, avoine,
féverole, maïs et, de temps en temps, sorgho et colza. Benoît met en
œuvre deux types de couverts: seigle et féverole pour l’hiver, sorgho
type Piper, tournesol et gesse pour l’été. « On a basculé en ACS en 2013.
L’idée nous a été soufflée par un copain qui voulait acheter un semoir pour du semis direct. Tout a bien fonctionné pour les cultures d’hiver, mais le résultat fut catastrophique pour celles d’été. On procédait comme avant, sans adapter le travail du sol, et on s’est plantés deux ans de suite. »


UNE APPROCHE INNOVANTE
La raison de cet échec ? La température du sol. « Comme je n’irrigue
pas, je suis contraint de semer assez tôt, et, sous les couverts, les terres étaient bien trop froides, se souvient-il. Cela mettait donc un temps fou à germer ».
Benoît et son épouse décident alors de supprimer les cultures d’été.
Heureusement, durant ces quatre années, de nouvelles idées ont émergé.

« Nous ne pouvions pas nous passer complètement du maïs, car il en fallait pour les chèvres, souligne-t-il. Dès lors, j’ai construit mon propre strip-till pour pouvoir en remettre dans l’assolement sur la base d’un châssis auto-construit. Je l’ai équipé de dents Michel courtes et espacées de 80 cm, soit l’inter-rang du maïs. J’ai ajouté une rotobineuse, puis un rouleau barre.
Chaque élément travaille une largeur de 20 cm, celle de la ligne de semis.
Ensuite, j’ai rajouté une trémie Accord, afin de pouvoir incorporer l’azote
à la préparation. Le seul bémol est la vitesse d’avancement, limitée entre
5 et 6,5 km/h à cause de la rotobineuse ».
Aujourd’hui, après s’être équipé d’un matériel dédié, il gère toutes les
cultures de printemps en strip-till et celles d’hiver en semis direct sous
couvert. « Il n’y a pas de recette miracle, mais, quand on est en sec comme moi, sans irrigation, on protège la structure du sol. Il faut être en mesure d’avoir un couvert important et de trouver l’outil qui va passer à travers. Avec le strip-till, je suis content, les inter-rangs restent bien paillés, c’est très propre, à condition de privilégier les graminées plutôt que les légumineuses et d’apporter l’azote un peu plus en amont. »


DES RENDEMENTS INCHANGÉS
Lorsque l’on n’irrigue pas, le paillage permet de préserver le niveau de la réserve utile en eau. Quant aux différences de température, elles sont flagrantes. « Nous avons mesuré entre 5 et 7 degrés d’écart entre un sol
couvert et un autre nu », indique Benoît Legein. Quant aux rendements,
il avoue ne pas avoir enregistré de fortes variations. « On ne fait pas d’économie sur l’azote, parce qu’il est positionné plus en amont pour aider à la dégradation du couvert et au démarrage de la plante, argumente-t-il. Le gain se situe surtout au niveau du coût de production. Grâce à la réduction des charges de mécanisation, on gagne beaucoup de temps. S’équiper d’un auto- guidage n’est vraiment pas un luxe, car la préparation et le suivi des lignes de semis réclament de la précision ».